“Nous vivons une époque sans précédent.” Ces mots, ainsi que des adjectifs tels que “étrange”, “unique” et “exigeant”, ont été fréquemment répétés depuis que le terme “nouveau Coronavirus” est entré dans le lexique collectif. Au cours des 50 dernières années, peut-être aucun autre événement n’a eu un impact aussi rapide et aussi profond sur une si grande partie du monde que la pandémie COVID-19. Pour l’enseignement théologique, en particulier dans le Monde Majoritaire, il s’agit en effet d’une époque décourageante, qui remet en question les modèles dominants de ce que nous faisons et qui menace même l’existence des écoles.

Toutefois, elle peut aussi se révéler être une période de créativité et d’innovation, car les écoles y répondent. Lorsque le choc initial s’estompe, nous pouvons regarder autour de nous et constater que nous ne sommes pas seuls. La solidarité ne change pas la situation et ne la rend pas moins difficile. Mais elle peut être un encouragement, car nous nous offrons mutuellement de l’espoir. La solidarité nous fait sortir de nos espaces collectifs d’isolement et nous ouvre la voie à l’apprentissage mutuel.

L’etude suivante ébauche quelques défis communs et partage quelques étapes émergentes d’espoir pour l’éducation théologique. Elle le fait avec une attention particulière pour les réalités du Monde Majoritaire, et elle s’inspire d’exemples d’écoles d’Afrique, d’Asie, d’Amérique Latine et d’Europe de l’Est. Le temps offrira des possibilités de perfectionnement, car cette année pourrait marquer un tournant pour l’enseignement théologique. Mais une partie du chemin à parcourir consiste à reconnaître où nous sommes et à avancer, dans la prière et l’espoir, vers ce qui viendra ensuite.

La crise a créé un ensemble commun de défis croissants

Les écoles de théologie fonctionnent presque partout avec des marges très étroites, une situation encore plus aiguë dans le monde majoritaire. Pendant la pandémie COVID-19, les institutions sont confrontées à des défis pour répondre aux besoins humanitaires, aider le corps enseignant et le personnel à passer rapidement à de nouvelles approches d’apprentissage, faire face aux crises financières croissantes et, dans certains endroits, survivre à cette crise qui s’ajoute aux crises nationales préexistantes.

Besoins humanitaires aigus: Lorsque les fermetures nationales ont obligé les écoles à fermer leurs salles de classe, la plupart des élèves des internats sont partis chez eux. Cependant, certains élèves n’ont pas pu revenir, devenant ainsi un nouveau type de réfugiés. Les écoles bibliques se sont alors proposées pour les héberger. Au Liban, un groupe d’étudiants d’Afrique du Nord a dû faire demi-tour à l’aéroport lorsque leurs vols ont été annulés. En Europe de l’Est, de nombreux étudiants d’Asie centrale restent isolés sur le campus. En Inde, la fermeture abrupte et inopinée des voyages a bloqué les étudiants internationaux et nationaux. Dans chaque pays, des écoles bibliques hébergent ces étudiants, leur fournissent des repas et des soins de base avec leur propre budget serré, et achètent même des équipements sanitaires pour maintenir des procédures d’isolement adéquates. Les cas de ce genre se multiplient dans le monde entier. En plus de s’occuper de ceux qui sont logés sur leurs propriétés, plusieurs écoles utilisent des ressources pour répondre aux besoins immédiats de nourriture et de soins médicaux au sein de leurs communautés.

Passage rapide à l’apprentissage en ligne: Incapables d’accueillir des cours en face à face, les écoles se sont empressées pour passer à des modes d’apprentissage à distance. Les écoles disposant de programmes en ligne existants ont pu utiliser rapidement leur technologie pour répondre aux besoins des programmes des classes récemment fermées. Cependant, pour beaucoup d’entre elles, ce changement nécessite de développer une infrastructure technologique, des contenus de cours et des activités d’apprentissage adaptés au format numérique. À court terme, certaines écoles ont connu des réactions positives. Un professeur en Ukraine a eu le plaisir d’animer des chats (conversations) vidéo. Des étudiants au Brésil ont exprimé leur gratitude pour la qualité de leurs cours, même lorsque les circonstances exigeaient des modifications hâtives.

Malgré cela, la plupart des écoles sont simplement axées sur la survie – sur la diffusion de contenus. Certains professeurs ont donné des conférences en direct via Zoom et Google Hangouts. D’autres se sont empressés d’enregistrer des conférences, de publier des notes et de mettre des documents à disposition pour téléchargement et consultation en ligne. D’autres encore ont pu modifier des devoirs et créer des fils de discussion. Ils font tout ce qu’ils peuvent, mais ils restent souvent dans l’incertitude quant à la manière dont les étudiants reçoivent le contenu ou si les étudiants peuvent accéder aux documents. En mode de réponse à la crise, les questions sur la conception des cours, l’accès à la bibliothèque, la formation holistique et l’évaluation doivent attendre l’avenir.

Les situations nationales et régionales compliquent les efforts des écoles. Des infrastructures technologiques et des réseaux électriques inadaptés ainsi que la fermeture des cybercafés publics ont entravé l’engagement en ligne de certains élèves. Dans certaines écoles, seule une poignée de professeurs possèdent des ordinateurs portables, et encore moins d’élèves ont des ordinateurs ou un accès adéquat à l’internet depuis leur domicile. De nombreuses écoles ont dû mettre à niveau leur matériel informatique sur le campus et pour l’utilisation à distance par les professeurs. Une école du Moyen-Orient a fourni des modems cellulaires aux professeurs et a accordé des allocations aux étudiants pour améliorer le service internet.

Au pire, dans certaines écoles – comme une au Nigeria et une autre en Asie centrale – les étudiants qui ne peuvent pas se connecter ont dû abandonner des cours ou retarder la fin de leurs études. D’autres écoles ont dû écourter leur cursus parce qu’elles ne peuvent pas effectuer les changements rapides nécessaires pour continuer en ligne. La crise a provoqué un effort unifié pour faire progresser l’apprentissage en ligne, mais la mise en œuvre et les résultats restent très inégaux.

Pressions accrues à l’égard du corps professoral: Les exigences de la pandémie ont créé une véritable ruée sur le corps enseignant, dont beaucoup n’ont pas été formés à l’élaboration de cours en ligne. Certains professeurs n’ont non seulement jamais eu envie d’enseigner dans un environnement virtuel, mais on leur avait aussi assuré qu’ils n’auraient pas à le faire. Même lorsque les écoles disposent d’installations d’enregistrement des cours, le confinement a signifié que les professeurs doivent enseigner depuis leur domicile, souvent avec peu de soutien et ce, tout en gérant leurs responsabilités familiales. Nombreux sont ceux qui tentent de conseiller les étudiants par SMS. En outre, les difficultés financières font qu’on leur demande souvent de subir une baisse de salaire en même temps qu’on leur demande de faire beaucoup plus. Cela contribue encore plus à leurs difficultés physiques, mentales et psychologiques.

Des défis financiers pressants: Alors que les écoles s’efforcent de maintenir les cours et de répondre aux besoins des étudiants, les pressions financières augmentent. Les écoles ont perdu des revenus dans toutes les catégories. Les problèmes de revenus ne sont pas rares. Cependant, la menace simultanée sur les quatre principales sources de revenus et l’absence d’une idée précise du moment où la crise se résorbera ont rendu les perspectives financières difficiles pour de nombreuses écoles.

  • Les frais de scolarité: Pour de nombreuses écoles, ces mois – au milieu de l’année scolaire – signifient l’inscription pour le prochain trimestre (ou semestre) et la collecte des prochains paiements de frais de scolarité. Cependant, les écoles ont dû reporter les inscriptions et la facturation des frais de scolarité, ne sachant pas quand les cours pourront reprendre ni quelle forme ils prendront. Les retards dans les cours entraînent une perte de revenus sur les frais de scolarité. Pour certains, le passage à des cours en ligne peut nécessiter des ajustements des frais de scolarité. Même lorsque les écoles reprendront leurs activités (et elles devront réfléchir soigneusement à la manière de le faire, comme Maloney et Kim le précisent dans leur article d’avril 2020), de nombreux étudiants seront sans travail pendant des mois, ce qui peut signifier qu’ils n’auront pas les fonds nécessaires pour s’inscrire. Les retards accrus, les changements de format et la perte de revenus pour les étudiants pourraient entraîner une baisse des inscriptions, même lorsque la voie à suivre sera claire.
  • Dons locaux: Les retombées économiques de la crise ont touché tous les donateurs. Les églises soutiennent de nombreuses écoles, soit directement, soit en couvrant les frais de scolarité des étudiants. Le confinement a empêché les églises de se réunir, ce qui a considérablement réduit les offrandes qu’elles reçoivent. Une école en Éthiopie illustre cette situation en exprimant sa crainte que les églises qui n’ont pas pu se réunir ne puissent pas non plus faire de dons au cours du prochain trimestre scolaire.
  • Les dons internationaux: La crise économique va limiter la capacité des donateurs en Occident, où se trouvent souvent les principaux donateurs des écoles du Monde Majoritaire. En outre, les interdictions de voyage signifient que les voyages de collecte de fonds des présidents d’école ont été retardés ou annulés. Incapables de rendre visite aux donateurs, plusieurs présidents ont déclaré qu’ils craignaient une baisse importante de leurs revenus. En attendant, ils ne savent pas si la situation financière va s’aggraver et avoir un impact négatif supplémentaire pendant les mois à venir.
  • Troisième flux de revenus: Le confinment et la distanciation sociale ont éliminé les revenus générés par la location de maisons d’hôtes et d’installations. Dans certains cas, comme dans une école en Ukraine, ces projets générateurs de revenus peuvent fournir jusqu’à la moitié du budget de l’école. Si l’interdiction des grands rassemblements se prolonge pendant une autre saison, ces écoles seront confrontées à des difficultés financières encore plus graves. Chaque trimestre qui passe représente un revenu irrécupérable.

Les écoles ont dû retarder des projets spéciaux et à long terme car les besoins passent du budget d’investissements au budget operationnel du mois en cours – un changement compliqué par deux facteurs. Premièrement, la réduction des dépenses peut être difficile lorsque les écoles sont confrontées à des efforts humanitaires, comme la prise en charge des élèves bloqués sur le campus, ou lorsque la réduction des salaires ou du personnel a un impact direct sur les prestations fournies aux familles. Deuxièmement, le passage immédiat à l’enseignement en ligne nécessite des investissements dans la technologie. L’achat de matériel, les mises à niveau Internet et les contrats de service sont des dépenses nécessaires mais non budgétisées. Face à ces obstacles complexes, les dirigeants continuent de faire des sacrifices pour maintenir leurs écoles à flot.

La suite des crises existantes: Dans certains endroits, comme le Liban, Hong Kong, et l’Inde, la pandémie s’ajoute aux bouleversements économiques et sociaux déjà existants. Les contraintes économiques et les troubles politiques qui ont eu lieu dans de nombreux endroits en 2019 avaient déjà mis la pression sur les écoles. Les conflits ont entraîné une diminution des dons locaux et des revenus du troisième secteur (moins de tourisme au Moyen-Orient, par exemple), de sorte que les écoles de ces endroits ont dû faire face à des contraintes budgétaires avant de fermer leurs portes à cause de la pandémie. Dans certains cas, les conflits ont également réduit l’accès aux biens et aux services, une situation qui s’est maintenant aggravée. Ainsi, les écoles sont confrontées à une nouvelle série de dépenses accrues, de contraintes financières et de défis logistiques en plus des conflits déjà en cours.

La crise peut catalyser l’innovation

Nous ne savons pas encore combien de temps durera la crise, mais il est clair qu’elle aura un impact durable. Dans un article publié dans The Praxis Journal, Crouch, Keilhacker, et Blanchard discutent de la crise COVID-19 en termes de météorologie: tempête de neige, saison hivernale ou période glaciaire (2020). La crise ne s’est pas calmée si rapidement que les écoles pourront attendre la fin de la tempête et reprendre leurs activités habituelles. Ainsi, cette crise pourrait être une saison d’hiver; si c’est le cas, des ajustements doivent être faits. S’il s’agit d’une période glaciaire, le paysage peut changer irrévocablement.

Dans une récente interview, Elie Haddad, président du Séminaire Théologique Baptiste Arabe au Liban, a déclaré qu’une crise peut être une période de peur ou une période d’innovation (Ortiz, 2020). À l’heure actuelle, la plupart des écoles sont encore en mode de survie. Mais une fois que la poussière sera retombée, de nouvelles idées et pratiques émergeront. Dans Reverse Innovation (2012), Govindarajan et Trimble contestent deux hypothèses qui entravent l’innovation: le progrès s’accomplit toujours de manière itérative à partir des modèles précédents; les structures institutionnelles actuelles sont nécessaires pour atteindre les objectifs (voir aussi Hunter, 2016). La crise COVID-19 renverse ces hypothèses dans la vie réelle en perturbant tous les aspects de l’enseignement théologique dans le monde entier, en particulier dans le Monde Majoritaire. Elle oblige les écoles à réaliser que les structures auxquelles nous nous sommes habituées ne peuvent pas fonctionner comme elles le faisaient dans le passé. Ainsi, bien que la situation soit difficile, elle peut conduire à des changements de paradigmes réellement innovants dans la manière dont les écoles accomplissent la tâche principale de former des leaders pour le service chrétien. 

Réponses immédiates: Déjà, les écoles sont devenues créatives, utilisant les plates-formes virtuelles plus que leurs salles de classe. Une école au Brésil a créé une communauté de culte dynamique grâce à des services de chapelle en ligne. Au Moyen-Orient, les conférences d’été ont été repositionnées sous forme de Webinaires interactifs.

Les écoles ont reconnu que bien qu’elles aient pour vocation première de former des leaders, elles peuvent aussi jouer un rôle temporaire pour répondre aux besoins humanitaires immédiats. Par exemple, une école en Inde a mobilisé des ressources pour fournir de la nourriture aux travailleurs journaliers piégés par l’arrêt de la pandémie.

Les écoles de théologie sont souvent devenues des lieux de refuge, surtout en période de troubles politiques. Au cours de la dernière décennie, des écoles en Amérique Latine et dans certaines régions d’Afrique ont protégé les personnes déplacées. Pendant COVID-19, de nombreuses écoles s’occupent des élèves en détresse, travaillant dur pour fournir des repas et maintenir des normes d’hygiène et de distance sociale. En outre, une école du Moyen-Orient a ouvert sa maison d’hôtes (d’accueil) aux travailleurs médicaux de première ligne ayant besoin d’un logement. L’Église a une longue histoire de service auprès des personnes en temps de crise, et nous voyons les séminaires (facultés de théologie) se fortifier pour poursuivre cet héritage.

Préparer un nouvel avenir: Au fur et à mesure que l’hiver ou la période glaciaire avance, les écoles devront porter leur attention sur certains des changements à long terme nécessaires à la nouvelle normalité de l’enseignement théologique.

  • Investissement en ligne: La plupart des initiatives en matière d’enseignement en ligne ont été des mesures opportunes pour achever les trimestres scolaires qui ont commencé dans des environnements en face à face. Si les étudiants ne peuvent pas retourner dans les salles de classe physiques, alors de nombreuses écoles devront investir plus de temps et d’énergie dans la conception de programmes pour les environnements virtuels. La formation des professeurs, les systèmes administratifs et les prévisions budgétaires devront être révisés. Les questions relatives aux plateformes appropriées, aux types d’interaction en ligne, à l’accès aux ressources et à la formation des étudiants nécessiteront des réponses intentionnelles. Même si les écoles prévoient d’intégrer davantage de technologies, le manque d’infrastructures nationales, les disparités dans l’accès au haut débit et la disponibilité limitée des appareils font que si la technologie peut jouer un rôle plus important à l’avenir, elle ne peut pas répondre à tous les besoins de l’Église. Les écoles doivent planifier en tenant compte de ces contraintes.
  • Formation dans les environnements en ligne: Certains aspects de la formation de disciple et de la croissance spirituelle sont intrinsèquement incarnés. Les écoles devront examiner les aspects de la formation qui doivent avoir lieu sur le campus et en relation avec le corps enseignant, le personnel ou les autres étudiants. De nouveaux partenariats avec les responsables des églises locales et un recours accru à des périodes d’interaction en personne plus courtes et plus intensives peuvent apporter certaines réponses.
  • Changements holistiques résultant de la transition en ligne: Selon le caractère permanent des changements, les responsables devront répondre à des questions sur les installations, notamment l’utilisation des dortoirs, des salles de classe, des chapelles et des bibliothèques.

Dans un récent article paru dans « Teaching Theology », Graham Cheeseman commente que la crise actuelle a mis en évidence l’efficacité des environnements d’apprentissage virtuels et la façon dont la technologie peut aider à maintenir les connexions relationnelles. Dans le même temps, l’isolement nous a montré à quel point nous avons besoin d’une présence physique avec d’autres personnes. Pour l’Église et le séminaire (faculté de théologie), ces deux leçons méritent d’être prises en considération alors que les dirigeants réfléchissent à la manière dont les écoles formeront les futurs leaders du service chrétien.

Les écoles devront aborder d’autres changements à long terme.

  • Les contraintes financières: Lorsque le Coronavirus se retirera enfin et que les cours reprendront (sous quelque forme que ce soit), les défis financiers pour l’enseignement théologique subsisteront. Une récession mondiale pourrait exercer de nouvelles pressions sur les sources de revenus des écoles. Les étudiants pourraient avoir des difficultés à payer les frais de scolarité, et ils pourraient s’attendre à des structures différentes si les modèles ont changé pour adopter plus de technologie et moins d’études en internat. Les églises et les donateurs individuels mettront du temps à se remettre. L’expérience a montré que les dons sont à la traîne par rapport à la reprise économique, de sorte qu’il faudra peut-être des années avant que les contributions ne reviennent à leurs niveaux antérieurs. Même les fondations ont connu une diminution des fonds disponibles et il leur faudra peut-être du temps pour se redresser. Les sources de revenus de la troisième source devront également se reconstituer au fur et à mesure que les lieux se libéreront de leur immobilisme. Comme les dons, les conférences, les chambres d’hôtel et les activités de loisirs sont étroitement liées à la situation financière des nations. Les écoles devraient prévoir des réductions de revenus pour les 12 à 24 prochains mois au moins. 
  • Transformation de la mission: La crise oblige les écoles à revoir leur mission principale. L’impact de la COVID-19 s’étendra bien au-delà de l’enseignement théologique, ce qui se reflète dans l’évolution des besoins de l’Église et de la société. L’examen de ces défis guidera les écoles dans la poursuite de leur objectif principal, à savoir former des leaders pour le service chrétien et pour parler de manière prophétique à l’Église et à la société. Les écoles peuvent offrir une orientation biblique à mesure que de nouvelles questions apparaissent. Malheureusement, pour de nombreuses écoles, les conséquences de la crise nécessiteront probablement une contraction des activités. Les programmes, les cursus, la prestation, et le personnel peuvent tous justifier une reconsidération si les écoles doivent survivre pour poursuivre leur mission.

Alors que les écoles se préparent à s’engager dans une situation modifiée par le Coronavirus, les dirigeants devraient se demander sur quel noyau ils vont s’appuyer. Ce faisant, elles peuvent, selon les termes d’Elie Haddad, “reconceptualiser les voies de l’avenir” (Ortiz, 2020). 

La crise nous pousse à l’action – et une raison d’espérer

De la même manière que l’ampleur sans précédent de la crise a fait peser un fardeau extrême sur les populations du monde entier, la solidarité dans la souffrance a conduit à une quantité inégalée d’actions collectives. À aucun autre moment de l’histoire, la communauté scientifique n’a été aussi unie dans une cause commune, n’a travaillé de manière plus collaborative et n’a partagé autant de données (Apuzzo et Kirkpatrick, 2020). Une telle concentration d’efforts permet d’espérer que de nouveaux tests, de nouveaux traitements et peut-être un vaccin pourront être mis au point.

Pour l’Église, l’espoir est fondé sur le Christ. Néanmoins, la large collaboration de la communauté scientifique est une source d’inspiration pour les écoles qui s’engagent dans leur part de la mission de Dieu. Dans l’enseignement théologique, la solidarité qui découle de l’impact universel de la crise peut également nous inciter à agir. Au cours du mois dernier, les églises ont dû débourser leurs fonds, mais elles se sont unies dans la prière et le service des pauvres. En tant que partie intégrante de l’Église, les écoles de théologie non seulement se joignent à ce travail mais continuent également à apprendre comment former des leaders pour le ministère de l’Église en temps de besoin.

Des femmes et des hommes doués, passionnés et créatifs dirigent et enseignent dans les écoles de théologie du monde entier. En trouvant des moyens de s’engager les uns avec les autres, ils découvrent la sagesse et l’entraide pastorale.  L’attention intense portée à la crise du Coronavirus a également conduit au développement de nouveaux espaces de collaboration pour l’apprentissage mutuel et le partage des ressources. Quelques exemples :

  • L’Académie ICETE a développé un ensemble de nano-cours, dont Educating in Crisis, qui comprend un forum pour le partage des expériences liées à la crise COVID-19. Un deuxième cours de courte durée explore le développement de communautés en crise lorsque les interactions en face-à-face ne peuvent avoir lieu: https://icete.academy.
  • L’ICETE a développé une page pour le partage des ressources et mène des entretiens hebdomadaires avec les dirigeants régionaux afin de promouvoir de nouvelles idées : https://icete.info/community/sharing-resources-during-the-covid-19-outbreak/et https://icete.info/equipping/video-archive.
  • L’Association Théologique Asiatique a mis sur pied une équipe d’intervention technologique pour: a) répondre aux besoins immédiats de l’apprentissage à distance en cas d’urgence; b) fournir un soutien en temps réel en matière de technologie et de formation des professeurs, car les professeurs enseignent en ligne pour la première fois dans certains endroits; c) guider l’ATA sur la manière d’utiliser son site web comme lieu de rassemblement des ressources pour les professeurs et les étudiants.

Pour la plupart des écoles, les réactions de leurs communautés à leurs efforts ont été étonnamment positives. Les personnes vulnérables, démunies et âgées ont accueilli favorablement les efforts des écoles pour répondre aux besoins humanitaires. Les professeurs et les étudiants ont adopté de nouvelles plateformes et ont appris à connaître leurs propres capacités d’adaptation. En cette période d’intensification des conversations sur l’éducation en ligne, les écoles peuvent tirer le meilleur parti des réponses gracieuses des étudiants et des membres du corps enseignant et peuvent solliciter leur contribution alors qu’ils prennent des décisions concernant l’avenir. Les écoles réticentes à s’engager dans l’apprentissage en ligne (pour diverses raisons) se sont vues obligées non seulement d’envisager des possibilités mais aussi de les exécuter au mieux de leurs capacités. Elles ont identifié des besoins clairs et spécifiques en matière de formation des enseignants, de développement des infrastructures et de gestion de l’engagement des étudiants, et peuvent chercher des solutions concrètes. Les lacunes des modèles en ligne sont passées de la théorie et de l’idéologie à la pratique et au concret, ce qui a permis de tenir des discussions éclairées et de trouver des solutions innovantes.

L’omniprésence de la crise a eu des répercussions sur l’enseignement théologique et ses dirigeants. Les changements immédiats ont nécessité d’immenses efforts et, parfois, des sacrifices personnels pour que les écoles et, surtout, leurs missions puissent survivre. Face à des défis redoutables, alors que la vague initiale s’atténue et que nous envisageons l’avenir, nous le faisons avec un sentiment d’espoir. L’enseignement théologique a un rôle essentiel dans l’Église. Les crises révèlent l’importance de la formation des leaders et de la réflexion biblique sur les problèmes de chaque jour. Rassemblés par un sentiment de désespoir collectif, nous nous accrochons au Christ et les uns aux autres, et l’espoir commence à émerger.

Références

Apuzzo, Matt and David D. Kirkpatrick. “Covid-19 Changed How the World Does Science, Together.” New York Times. Online ed., updated 14 April 2020.

Crouch, Andy, Kurt Keilhacker, and Dave Blanchard. “Leading Beyond the Blizzard: Why Every Organization is now a Start Up.” Praxis Journal. 20 March 2020. https://journal.praxislabs.org/leading-beyond-the-blizzard-why-every-organization-is-now-a-startup-b7f32fb278ff

Cheeseman, Graham. “Theological Education After Coronavirus.” Teaching Theology. Accessed 20 April 2020.https://teachingtheology.org/2020/04/22/theological-education-after-corona-virus/?fbclid=IwAR025QYouLreOTw5Zq08G3CHMRBIQetxQ8J_8OHUXUATNL1BCnNF9ALoSR4

Govindarajan, Vijay and Chris Trimble. Reverse Innovation: Create Far from HomeWin Everywhere. First eBook Edition. Boston: Harvard University Press, 2012.

Hunter, Evan. “Reverse Innovation: Moving Beyond Best Practices.” Insights Journal for Global Theological Education 1, no. 2 (2016): 9-13.

Maloney, Edward J. and Joshua Kim. “15 Fall Scenarios.” Inside Higher Ed. 22 April 2020. https://www.insidehighered.com/digital-learning/blogs/learning-innovation/15-fall-scenarios.

Oritz, Michael. “Live Facebook conversation between Michael Ortiz (ICETE) and Elie Haddad (ABTS, Lebanon) about how crisis can help us innovate.” ICETE Video Archive. 17 April 2020. https://icete.info/equipping/video-archive/.

Evan Hunter

Evan’s passions for the Church and the seminary shape his work as Vice President for the ScholarLeaders LeaderStudies program and as Executive Editor for the InSights Journal for Global Theological Education. He joined ScholarLeaders in 2004 after working as a missions pastor and in campus ministry. He also serves on several boards, including those of the International Council for Evangelical Theological Education, Northern Pines Christian Family Camp, and Tyndale House Foundation. Located in Minnesota, Evan and his wife Becky keep up with three very active sons.